à dos de diable

2012
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Quitter la rive solide, d’où je peux encore me tenir debout.
Les traces du campement derrière moi.
Les formes qui ont émergé par appuis, tour à tour un torse de Gober, une bacchante sans jambes, une feuille de vigne femelle (une forme et non la contre-forme cette fois-ci), presque une origine du monde.
Confectionner un premier méta-radeau pour transporter l’essentiel.
À dos de diable, un peu de terre et d’eau, deux éléments en cire d’abeille, de quoi dessiner, des images.
Traverser la ville comme un premier voyage. Architectures, perspectives, rythmes, mouvements, visages, regards…
Je suis mon propre bagage à peu d’effets près.
Précaire, la plus légère possible mais avec cette gravité intérieure.
L’objet essentiel : un carnet vierge et une mine de plomb pour continuer à exercer le regard, la capacité à percevoir une ligne, une courbe, une distance, un équilibre, des proportions, un détail, un volume… et s’en émouvoir.
Que dessine-t-on lorsque l’on ne voit plus la ligne d’horizon ?
Encore un peu de terre, de laquelle je me détache, par îlots, pour accéder au méta-radeau.
Apprivoiser l’instabilité permanente, cette nouvelle forme de gravité.
Plus la terre, plus cet appui, plus ce prolongement, plus ce contact,  plus la trace, plus l’empreinte.
Un peu moins humaine ? Peut-on encore se tenir debout sur un radeau ?
Accéder au méta-radeau, y prendre place dans l’attente de mes compagnons de voyage.
Partir au moment opportun. S’insérer dans l’effervescence des préparatifs, trouver sa place, préserver son autonomie. Se croiser, s’accompagner un temps, vaquer et surtout éviter les situations de représentations induites par l’ordre et la succession des actions.
Rester attentive à la façon dont on part, dont on quitte… C’est cet état que l’on emporte avec soi.
Je repense tout à coup à ce numéro des Nouveaux Cahiers d’Allemand – revue de linguistique et de didactique, objet trouvé-photographié-prélevé au cours d’un repérage urbain, ouvert page 12 :
– Es ist alles in Ordnung. – Denn kann ich gehen.
– Tout est en ordre. – Alors, je peux partir.

Texte extrait de la publication métacampement Marseille 2012

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déplacement effectué dans le cadre du méta-campement* initié par l’artiste J.P. Thibeau
18, 19 mai 2012 / Marseille
[photos : Céline Domengie]


*le méta-campement est un dispositif d’activités traversé par différents intervenants et participants