présentation

________________________________________________________________________________

Ma démarche artistique se construit à partir d’une démarche personnelle qui vient questionner l’expérience « d’être un corps ».
Un bloc d’argile, une tête nue qui vient frapper pour y inscrire son empreinte : action 0 marque le point d’origine de cette recherche. Empreinte du corps en action, première image forte qui concentre, comme déjà là, l’ensemble des notions qui vont se déployer dans le travail à venir : geste, mouvement, impact, empreinte, déplacement… Un corps  qui se construit à travers sa confrontation à la matière, à l’espace, par accumulation d’expériences, tout entier mobilisé par l’effort.

C’est dans cette nécessité à mettre le corps en travail, l’éprouver, que vont s’inscrire les premières dépenses. Au plus près des états de corps induits par l’engagement physique, l’enjeu des dépenses n’est en aucun cas la recherche d’une limite ou d’une performance physique, mais plutôt une façon de re-visiter pour soi-même le rapport au corps et à l’espace environnant.
Activées dans l’espace urbain, les premières dépenses se caractérisent par des
protocoles simples et une certaine économie de moyens : repérer un lieu, définir un cadrage, activer une dépense, dont la durée n’est pas fixée par avance mais déterminée par la sensation d’avoir épuisé le cadre.

Au cours de ces repérages urbains effectués à l’échelle et au rythme du corps en marche, des objets à l’abandon, oubliés là, sont prélevés et intègrent pour un temps l’espace de l’atelier.
Prélever, déplacer, opérer des changements de matériaux, de poids, de densité, plus malléables, plus organiques : moulages en cire d’abeille, plâtre… Une fois rapportés dans mon propre champ d’expérimentation, détournés, ces objets familiers se révèlent alors énigmatiques. Tel pavement, cire d’abeille, dont les pièces semblent extraites de fouilles archéologiques.
Ces éléments prélevés s’ouvrent alors à de nouveaux gestes, de nouvelles règles du jeu, de nouvelles propositions performatives.

La cire brute et le plâtre se trouvent déjà tout naturellement convoqués dans la série des empreintes. Empreintes de mon propre crâne qui mis à nu révèle sa forme, ses courbes, sa sensibilité, sa fragilité, mais aussi sa force. Déposées en appui sur leur sommet, les voûtes crâniennes fonctionnent comme des formes ouvertes donnant à voir leur face intérieure gravée, tracé d’empreintes endo-crâniennes. C’est ensuite à partir de ces voûtes, comme prenant le processus à rebours, que vont être élaborées leurs matrices.

Cette recherche ne convoque pas le spectateur sur le mode du spectaculaire. L’attention est davantage portée au processus et à une certaine qualité de présence. L’effort engagé qui soustend les dépenses et les différentes formes de déplacements induit un changement d’état physique et mental du corps, duquel découle un changement de mon état de disponibilité et de porosité à ce qui m’entoure.
Le déplacement comme un mouvement de la pensée.

Chaque pièce, chaque proposition performée n’est possible que parce que celle d’avant a eu lieu et d’elle va naître la suivante. Comme autant de strates qui contribuent à l’élaboration d’une œuvre à appréhender de façon globale, élargie à une multitude de formes.