2026
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page en cours…
La rencontre avec la rivière s’est construite progressivement.
Une première évocation de son histoire et la douceur d’un nom à l’oreille – Tisza. Puis toujours à distance en parcourant la carte suivant son cheminement une première représentation se dessine, la sinuosité de la Tisza accompagnée de ses bras morts, méandres sectionnés, mémoire d’une liberté joyeuse. Une série de fragments, d’éléments graphiques à inventorier. Sur place, enfin, l’exploration de la plaine de Gyálarét, aujourd’hui délimitée par le plus long des bras de la Holt-Tisza et le nouveau lit de la rivière, se fait à l’échelle de mon propre corps. La marche ouvre une autre temporalité, un rapport singulier à l’espace et à sa densité. Temps d’immersion nécessaire pour me familiariser avec l’environnement, laisser cheminer la pensée et permettre à une proposition artistique d’émerger.
Au cours des premiers repérages le long de la Tisza quelques éléments sont prélevés : des os de poisson et des coquilles d’anodonte à l’entrée du port, quelques poignées de terre noire à l’emplacement d’un ancien site archéologique, des traces de rongeurs et de larves incrustées sur des troncs et écorces échoués qui elles vont être prélevées par gaufrage…
Au delà de ses ondes et reflets en surface, la Tisza révèle un peu de son intimité.
Parmi ces éléments rendus par la rivière, un morceau de bois dont la forme évoque la silhouette de certains de ses bras morts. Le manipuler, jouer avec ce que ses courbes offrent comme possibilités d’accroche sur mon bras, mon épaule, mes chevilles…
Et puis, avec les lianes sauvages ramassées dans la forêt en bordure du cours d’eau, changer d’échelle. Passer du plan, des lignes sur la carte, à l’épaisseur de l’espace et faire sortir la Tisza de ses lits pour enfin jouer avec elle.
Embrasser les lianes en mobilisant le corps par étirements, par torsions. De la plus mature à la plus rebelle, les manipuler avec tout à la fois force et douceur jusqu’à dévier leur courbe naturelle et la re-dessiner. Sentir la limite, la résistance de part et d’autre, le seuil à ne pas franchir qui les briserait. Puis, doucement, les laisser retrouver leur forme initiale, à moins qu’elles ne la reprenne d’elles-mêmes m’obligeant alors à esquiver.
Un simple jeu pour sceller la rencontre avec la Tisza et commencer à s’apprivoiser mutuellement.

